Freigné replonge dans son histoire : un retour bien réel dans la tourmente révolutionnaire

00h00 - 22 juillet 2004
Freigné replonge dans son histoire : un retour bien réel dans la tourmente révolutionnaire

De la colère, de l’émotion, des drames mais aussi de l’humour. C’est un savant mélange de tout cela que proposent les 230 acteurs amateurs en retraçant la vie de leur campagne, de leur village de 1750 à 1850. Un spectacle à mi-chemin entre le son et lumière et le théâtre de rue dans lequel tout ce petit monde s’affaire dans le cadre magnifique du château de Bourmont.C’est la grande foire aujourd’hui à Freigné. Tous les villageois sont réunis : les lavandières sont là, l’écrivain public vend son talent pour deux sous du mot, les saltimbanques jonglent, crachent le feu, tandis que les femmes sont au lavoir pour laver le linge et discuter des dernières nouvelles du village. Les spectateurs, drapés de leurs couvertures pour mieux se fondre dans le décor, sont pris dans l’ambiance et avancent vers cet immense brouhaha et commencent à parler avec les femmes qui tricotent, filent la laine. Ils observent la silhouette errante de la sorcière qui présage des nouveaux malheurs qui s’abattront bientôt sur eux, pendant que le seigneur et son serviteur du haut de leurs chevaux inspectent le petit peuple. Voilà comment débute la fresque historique : dans une joie collective, tout le monde rie, chante, parle. Et dès le départ, le public fait partie intégrante du spectacle en se mêlant aux villageois de l’époque qu’ils vont suivre pendant les deux heures et demie qui viennent.Car au gré des déplacements du peuple de Freigné, le visiteur du 21e siècle suit ses péripéties et découvre ainsi les différents sites du château de Bourmont, les différents tableaux qui l’animent. Les scènes se suivent et on découvre la réalité de la vie des gens de cette époque avec les scènes de moisson, du mariage. Mais aussi la difficulté pour eux de faire face aux impôts qui pèsent de plus en plus lourd et les moyens pour aller contre cette satanée gabelle en pratiquant la contrebande. Mais les gabelous veillent. La colère monte petit à petit et le ton devient plus grave : les paysans réclament du pain, les charges se font toujours plus lourdes, les doléances commencent à arriver. Pendant que la noblesse à l’intérieur du château goûte aux plaisirs de la vie. Et c’est là que débute la tourmente révolutionnaire. Un scénario palpitant, des acteurs épatantsUne misère que les comédiens reflètent à travers leurs propos et leur manière de véhiculer les émotions par le ton de la voix, les gestes, l’expression des visages. Car s’il faut souligner que ces acteurs âgés de deux mois et demi à 86 ans ne sont qu’amateurs. Il faut également mettre en avant leur belle qualité d’interprétation aussi bien dans des scènes dramatiques que joyeuses. Leur manière d’utiliser le patois de l’époque vaut notamment le détour. Car si il est vrai que la situation des dernières années de la fin du 18e siècle était difficile, les moments de rire sont également nombreux pour le spectateur. Comme lorsque le colporteur propose aux moissonneurs ses « culottes dernier-cri à Paris » et que ces derniers lui rétorquent « nous, on préfère nos femmes sans culottes, c’est plus rapide ».Vive les sous-entendus ! Serait-ce un étrange présage des événements à venir ? En tout cas, les subtilités humoristiques ne manquent pas dans ce spectacle. Un scénario palpitant, des émotions à foison, des acteurs épatants. Des ingrédients qui font de cette fresque historique un spectacle réussi et auquel il faut ajouter une mise en scène et en lumière des différentes scènes très bien orchestrées. Le tableau de la chasse à cour qui se déroule au son du cor pendant la nuit en est un des meilleurs exemples. Robert Massé, responsable du comité des fêtes de Freigné avoue que « si chaque fois, la trame, l’histoire reste la même, on essaie toujours d’améliorer les différentes scènes ». Et cette année un effort supplémentaire a d’ailleurs été porté sur l’aspect technique « nous avons apporté des améliorations à l’éclairage du château qui lors des éditions précédentes n’était pas trop illuminé. Et nous avons également changé notre final ». Une atmosphère chaleureuseLa musique, les chants et les danses rythment cette fresque historique pendant laquelle le spectateur n’a jamais le temps de s’ennuyer car il y a toujours quelque chose à voir comme le fait noter Robert Massé, « il y a beaucoup de petits détails à remarquer et chaque spectateur ne voit pas le spectacle de la même manière ». Ce dernier ajoute que « si il est vrai que ce sont 230 acteurs amateurs qui sont mis sur le devant de la scène. Il y a beaucoup d’autres personnes qui s’affairent à l’arrière pour préparer les costumes, la soupe à l’oignon…sans compter les techniciens ». Car les 300 bénévoles de l’ombre recherchent aussi une perfection dans les détails et notamment les costumes qui sont très travaillés. Ce sont donc des bribes de vie alternant entre joie et moments plus graves que propose cette fresque historique mise en scène par Marie Gaulthier. En 2002, 3 400 personnes étaient venues la découvrir et s’étaient intégrées dans cette atmosphère chaleureuse des 18e et 19e siècles. Cette année encore, Robert Massé se dit « satisfait des premières représentations qui ont attiré autant de monde qu’il y a 2 ans ».Une ambiance bon enfant qui se poursuit après le spectacle puisque les acteurs invitent ensuite les spectateurs à venir festoyer avec eux en prenant la soupe à l’oignon. Bref, il faut véritablement vivre de l’intérieur ce spectacle pour en cerner toutes les richesses et la bonne humeur qui s’en dégagent. Aurélie Richard

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