Mickaël Pagis, minot à Vern, star à l’OM

00h00 - 30 mars 2006
Mickaël Pagis, minot à Vern, star à l’OM

Les Mayennais le connaissent bien puisqu’il a porté le maillot tango durant quatre saisons.En revanche, les Angevins savent moins que Mickaël Pagis, l’avant-centre olympien de Marseille, a vécu dans le Segréen. Originaire de Vern-d’Anjou où vit encore une partie de sa famille, il a laissé de bons souvenirs.« Il est temps qu’il se fasse remarquer. » Même si son fiston « sort un peu sur le tard », Ghislaine Pagis a de quoi être fière. A bientôt 33 ans – il les aura le 17 août – , l’avant-centre marseillais réussit une entame quasi-parfaite sous les couleurs olympiennes. Auteur du doublé victorieux, il y a deux semaines, contre Saint-Etienne, il s’est encore illustré, mercredi dernier en Coupe de France contre Sochaux, en livrant un match plein et en délivrant un caviar à son copain Maoulida sur le second but. Comme le bon vin, Mickaël Pagis semble se bonifier avec le temps. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, c’est sur la Canebière, dans l’une des cocottes-minute les plus chaudes du football français, un endroit où les supporters ont la réputation d’être aussi exigeants qu’impatients, que Pagis le discret, l’enfant de Vern-d’Anjou est en train defaire son trou. Car c’est bel et bien dans cette bourgade de quelque 1 800 âmes, à douze kilomètres de Segré, que le fils cadet de Ghislaine et Serge Pagis, ancienne ouvrière chez Eram au Lion-d’Angers et chauffeur dans l’entreprise familiale de transport à Vern, que “Micka”, comme on l’appelle encore aujourd’hui, a répété ses premières gammes de footballeur. « Il préférait le ballon aux leçons »André Renault fait partie de ceux qui l’ont bien connu. Et pour cause : il fut son instituteur en primaire. « C’était un bon élève, appliqué, très gentil, mais il préférait le ballon aux leçons », rappelle l’ancien enseignant. A l’époque, au début des années 80, celui-ci encadrait l’école de foot du mercredi après-midi. Et, làencore, il se souvient d’un « garçon un peu faux-lent, mais qui avait déjà du ballon plein les jambes. » Un avis partagé par Olivier Petiteau, qui fut son entraîneur en poussins. Selon lui, « Mickaël était déjà au-dessus du lot. Il était rapide, technique et allait toujours vers le but », rapporte l’ancien secrétaire du club, aujourd’hui dirigeant de l’équipe première de Segré. Un club où, pourtant, il n’a jamais joué comme beaucoup de bons joueurs de son âge. Pourquoi ? « Pour des raisons professionnelles, nous avons quitté Vern-d’Anjou pour Téloché, un petit village à côté du Mans », explique Ghislaine Pagis.On est en 1985, Mickaël a alors 12 ans. Pendant deux saisons, il portera les couleurs du club local avant de signer au Som, le Stade omnisports manceau, l’ancêtre du Muc 72. C’est là, alors qu’il évolue avec les cadets nationaux, qu’il est repéré puis recruté par le Stade lavallois. A la fin de la troisième, il intègre donc le centre de formation dirigé par un certain Bernard Maligorne, un éducateur réputé pour ses qualités de formateur. A son contact le stagiaire apprend son futur métier et, à 19 ans, il signe son premier contrat professionnel. Sa carrière est lancée. Fernandez tombe amoureux de luiA Laval, il reste quatre saisons, entrecoupées par un prêt d’une année à Châtellerault. Mais, peu utilisé, il préfère descendre d’une division pour créditer son temps de jeu. C’est au GFCO Ajaccio, club de National, qu’il atterrit à l’orée de la saison 98-99. Dix mois plus tard, il s’envole pour Nîmes (D2) où il tape dans l’œil de Jean Fernandez, à l’occasion du dernier match de championnat à Sochaux. « Ce soir-là, j’étais en tribune car j’avais été expulsé lors du match précédent, indique-t-il. Je suis tombé immédiatement amoureux de ce joueur. Dès le coup de sifflet final, j’étais descendu le voir pour lui proposer de venir à Sochaux. » Mais, devant la gourmandise des Crocodiles nîmois, l’affaire prend six mois de retard. Finalement, c’est en janvier 2001 que Pagis rejoint Fernandez dans le Doubs. Au FC Sochaux-Montbéliard, il a pour copains Benoît Pedretti, Jérémy Mathieu, Pierre-Alain Frau ou encore Santos. Trois saisons plus tard, il a inscrit ses plus belles lignes à son palmarès : champion de D2 en 2001, finaliste de la Coupe de la Ligue en 2003 et vainqueur de cette même épreuve en 2004. A ceci s’ajoute une première campagne européenne en Coupe de l’UEFA.Tout va bien pour Pagis qui découvre, entre-temps, un nouvel entraîneur : Guy Lacombe. « La première année, ça allait… », rapporte sa maman. La suite, on la connaît : en 2004, Mickaël Pagis rejoint Strasbourg et Ulrich Le Pen, qu’il a connu à Laval. Pendant un an et demi, il carbure au super, inscrit 19 buts, plus ses deux premiers en Coupe d’Europe.Deux ans à l’OMExcellent de la tête, buteur mais aussi passeur – sa passe au cordeau à Maoulida contre Sochaux l’atteste – , Mickaël Pagis est aussi un joueur de tempérament. Tout petit déjà, « il avait, comme on dit, la tête près du bonnet », souligne l’instituteur. « Quand il s’y mettait, il avait une tête de cochon, poursuit Olivier Petiteau. Par exemple, il se mettait à pleurer s’il ratait un but ». L’anecdote pourrait prêter à sourire, elle est confirmée par l’intéressé qui reconnaît qu’il était « assez émotif ». Et impulsif aussi. Depuis le début de la saison, il a reçu quatre cartons jaunes et, une fois, il a dû laisser ses coéquipiers à 10. Chassez le naturel, il revient au galop… Au triple galop même, si l’on en juge la forme affichée par le numéro 25 de l’OM depuis son arrivée.A bientôt 33 ans, Mickaël Pagis sait que le temps ne joue pas pour lui. Mais avant de remiser définitivement les crampons, il compte bien prendre encore du plaisir au-moins pour deux ans, durée de son contrat. Et après ? « On verra si, physiquement et moralement, ça suit. » En tout cas, depuis qu’il est à Marseille, le minot de Vern-d’Anjou revit. « Tout se passe bien, mais cela peut aller très vite. » Bref, tout le contraire de Mickaël Pagis qui aura attendu treize ans pour tutoyer les sommets. Treize comme le bonheur qu’il vit aujourd’hui à Marseille et qui fait la fierté de ceux qui le connaissent. A commencer par Ghislaine, sa maman, qui ne regrette pas que son fiston se fasse remarquer sur le tard.

0 commentaires

Envoyer un commentaire


NULL