L’affaire Cellier : des agriculteurs se déchirent sur fond de haine familiale

14h27 - 19 octobre 2018 - par C.T
L’affaire Cellier : des agriculteurs se déchirent sur fond de haine familiale

Chose rarissime, le tribunal de Laval avait consacré toute l’après-midi du jeudi 18 octobre, à l’affaire Cellier. Un dossier qui accapare le tribunal depuis plus de douze ans et qui déchire toute une famille du sud-Mayenne.

L’exploitation des Cellier à Saint-Saturnin-du-Limet est l’une des plus importantes de la région.
D’un côté, il y a Hugues qui gère la production laitière dans le Gaec de la Courtière. De l’autre : son frère David en charge de la partie poulets dans l’EARL Le Châtelier.

Tous deux, avec leur mère, sont associés, tandis que le père «joue un rôle important de par son expérience», explique le président Thouzellier qui aura essayé durant des heures de comprendre le sac de nœuds de leurs montages financiers, règlements intérieurs et surtout de leurs pratiques.

En 2006, Hugues dépose plainte contre son frère David et ses parents pour détournement de fonds, escroquerie, usage de chèques contrefaits, abus de confiance, recel... Il est question de 472 000 € d’irrégularités.

943 chèques signés sans accord

943 chèques ont été signés (sans que l’enquête n’ait pu déterminer le montant total et les bénéficiaires) sans l’accord d’Hugues qui possédait pourtant lui seul le droit de les signer. «Il fallait bien les signer car il y avait des fournisseurs à honorer. Si nous ne l’avions pas fait, la société n’aurait pas tourné», se défendent à la barre David (qui a été condamné en 2014 pour violence avec usage d’une arme après avoir foncé en tracteur sur sa nièce, la fille d’Hugues) et ses parents.

Leur avocat Pascal Rouiller s’étonne lui qu’il ait fallu quatre ans à Hugues pour s’en apercevoir. «C’était une pratique et ça arrangeait tout le monde jusqu’au jour où Hugues s’est senti moins aimé et a décidé d’attaquer.»

Des frais personnels/professionnels ?

L’enquête met en évidence que David faisait supporter ses charges personnelles d’électricité, de gaz, et de carburants par la société. Pour le carburant, ses parents en auraient aussi profité.

«Nous prenions nos voitures personnelles, certes mais c’était pour des trajets professionnels», se défendent-ils.

On ira plus tard jusqu’à compter «les boîtes de petits pois» (comme le dit David agacé à la barre) car des anomalies apparaissent aussi dans le paiement de la nourriture aux salariés ; dans la mise à disposition de membres du personnel qui auraient travaillé au profit de David sur le dos de la société, etc.

Des signatures imitées ?

Dans ce nébuleux dossier, existent aussi des soupçons de faux en écriture. Hugues déclare ne pas avoir signé les papiers transmis à la préfecture concernant la station de compostage. «Ma signature a été imitée», lance Hugues qui a décidé de se défendre seul.

Idem pour un prêt bancaire. La signature d’Hugues sur le tableau d’amortissement aurait été imitée. Les trois mis en cause nient : «Il signe le prêt mais pas le tableau d’amortissement ? C’est quoi l’intérêt ?»

«Tout se passe au détriment du Gaec»

Le président Thouzellier notera que : «C’est l’EARL (de David) qui a bénéficié de ce prêt destiné au Gaec (d’Hugues). Quel est l’intérêt ? » La défense met en avant « les conseils des experts qui nous ont dit faire ça pour rééquilibrer les charges.»

Hugues, qui ne ratifiait plus les comptes dès 2004, soulignera  : «Tout se passe au détriment de mon Gaec.» Il conclut avec un dernier exemple : «Comment peut-on facturer du compost alors que la station n’existait plus à ce moment-là !»

Le substitut du procureur a requis huit mois de prison avec sursis pour David et ses parents, 15 000 € d’amende pour la mère et le fils et 10 000 € pour le père.
Le jugement sera rendu le 8 novembre.

Retrouvez dans notre édition de vendredi prochain le 26 octobre le procès de David Cellier qui attaque à son tour son frère Hugues pour vol de blé.

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